De l'heuristique de la peur à celle de la compassion


Les contempteurs de l'écologie, les essayistes en mal de bestsellers faciles, les agents des lobbies de la mort et de l'exploitation (cela fait du monde) entendent réduire la pensée verte à une technophobie réactionnaire, une nostalgie d'un bon vieux temps que nul ne gagnerait à revivre, une exaltation du passé âge d'or et un catastrophisme absolu.

Reconnaissons que le néant de certains discours d'écologistes politiques qui confondent les débats techniques et les questions morales, les aide puissamment dans cette négation d'une éthique encore méconnue.

 

Hans JONAS, philosophe Allemand parfois présenté comme un père de l'écologie, conçut une heuristique de la peur.
Je partage avec lui la prémice de son raisonnement, à savoir, que devenu tout puissant par sa science, sa maîtrise sur le monde, l'humain est désormais responsable de ce monde.
Or, l'humain modal demeure un enfant, un animal cupide, cruel, ludique.
Dès lors, pour lui faire accéder à la responsabilité qui est la sienne, il doit être guidé par la peur, mère de la prudence et du respect nécessaires.
Jonas n'a pas tort, en contemplation des pollueurs, des spéculateurs prévaricateurs, des attardés qui, adultes, perdurent à jouer, au détriment de la nature et du bien public, avec de gros fusils ou des engins mécaniques qui ne devraient être que purement utilitaires.
Alors, faut-il parler à l'homme comme à un incapable, un débile, un intrinsèquement pervers et lui inculquer la peur pour l'assagir ?
Le pessimiste pensera, contrairement à CONDORCET ou HUGO, que l'éducation, l'information, le dialogue fondé sur la raison sont impuissants à modifier le comportement des humains qui, nonobstant leur orgueil d'êtres supérieurs, ne sont jamais mûs que par l'instinct.
Pour le pessimiste, il est vain d'opposer à la cupidité, à la cruauté, aux besoins pulsionnels d'agressivité des humains, la calme et sereine raison.

Si le pessimiste voit juste, je pense que l'humanité ne sera qu'une impasse évolutive et qu'à terme prochain son avenir est cellé.
Pour ma part, m'exprimant ici plus en philosophe qu'en politique, je refuse d'abaisser mes lecteurs à ce degré de puérilité ou de sénescence avancée qui impliquerait que nous renoncions à la raison au profit d'une émotion purement irrationnelle.
Je ne cultive pas l'heuristique de la peur mais je pratique celle de la compassion.

Ainsi, je ne nourris aucune angoisse personnelle devant la science, les OGM, les antibiotiques, les vaccins, la chimie et la physique, la génomique et autres épouventails contemporains dont nos adversaires voudraient nous affubler d'une phobie obscurantiste.
Face à la science, je pose simplement cette question purement rationnelle :
Quelle est l'incidence d'une innovation sur le vivant ?
Si une technique permet d'éviter la souffrance des êtres vivants, si elle ne compromet nullement la biodiversité, si elle n'exige pas le sacrifice de mes semblables en sensibilité, c'est-à-dire les humains mais aussi tous les autres animaux, j'approuve cette innovation, véritable progrès, le progrès étant ce qui fait reculer la souffrance et la mort.
En revanche, si une innovation vise à accroître les profits des entreprises privées (de scrupules), au détriment de l'arbre, l'animal et l'homme, je condamne cette régression éthique au nom de la compassion et de l'amour de la nature.
La peur n'entre pas dans cette condamnation.
Peur de quoi d'ailleurs ?
Si toute angoisse renvoie à celle de la mort, admettons que notre temps n'a absolument pas innové ni pour accentuer le malaise, ni pour le réduire, puisque les avancées de la médecine n'empêchent toujours pas, à ce jour, de devoir mourir.
L'exemple des plantes transgéniques illustre parfaitement cette différence entre une écologie de l'anxiété et l'écologie biocentriste.

Les OGM ne nous font pas mourir et nous sommes condamnés quand bien même il n'y en aurait aucun.
En revanche, les OGM aseptisent la nature, anéantissent les insectes, les oiseaux, les amphibiens, les reptiles, tout ce que notre époque appelle la biodiversité.
Les firmes du poison agricole les ont même conçus pour cela.

En cela, ils doivent être combattus, au nom de l'amour de la nature et non à celui d'une peur irrationnelle.

Dans un souci grotesque de dénigrement, les pourfendeurs de l'écologie confondent heuristique de la peur que je récuse et le principe de précaution que je défends ardemment.
Qu'est-ce que le principe de précaution, hantise des adorateurs de la technique, tout aussi irrationnels que le sont les phobiques de la science ?

 


Pour définir le principe de précaution, donnons quelques exemples concrets :

  • L'habitant du troisième étage d'un immeuble collectif veille à ce que son enfant de quatre ans ne monte pas sur le rebord de la fenêtre. Il applique le principe de précaution.
  • L'homme libre, nullement addictif à aucun produit, s'abstient de fumer tabac et autres poisons, légaux ou illégaux, se délivrant d'un conditionnement social sans se priver d'un quelconque vrai plaisir. Il ignore si son génome comporte une sensibilité à ces cancérogènes. Il applique le principe de précaution en ne s'intoxiquant pas.
  • Un ministre de l'agriculture qui serait honnête, responsable, exempt de pressions et de corruptions par les firmes, refuse la mise sur le marché d'une molécule biocide pouvant nuire aux abeilles. Il appliquerait le principe de précaution.

La peur, la fuite devant l'inconnu, la phobie de l'inédit n'ont rien à voir avec ce principe de pur bon sens consistant à privilégier la vie, la santé, le plaisir, la nature sur l'accaparement par les affairistes qui empoisonneraient volontiers la planète entière pour accroître leurs profits.

Alors, petits pamphlétaires médiocres payés par les industriels et les lobbies de la mort loisir, trouvez autre chose pour démonter la pensée écologiste que cette réduction à un réflexe panique face aux conquêtes des connaissances et de leurs applications.

Ce qui pose problème n'est pas la maîtrise que l'homme acquiert sur le monde, mais l'usage qu'il en fait.
Mettons la raison au service du vivant et non aux ordres de la rentabilité et de la mort.

Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE
MOUVEMENT D'ECOLOGIE ETHIQUE ET RADICALE
POUR LE RESPECT DES ÊTRES VIVANTS ET DES EQUILIBRES NATURELS.

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