Pour ceux qui vécurent le temps d’une jeunesse ardente, généreuse, éprise de justice et de révolution avec bien souvent d’étranges chemins de traverses, la jeunesse des années 60, il est affligeant, au crépuscule de leur vie, de contempler un temps porteur d’orages inattendus.
L’Histoire s’est retournée et l’évidence de la « banalité du mal » décrit par Anna ARENDT s’impose en spectacle effrayant.
Des dictatures bourgeonnent là où on les attendait le moins et la démocratie, les droits de l’homme, la prévalence de la raison s’étiolent faute de sève.
La société consent à la régression autolytique.
Aux USA, l’oligarchie néofasciste s’implante sans grande résistance.
La science est interdite. Les agences et universités sont démantelées ou muselées. La presse se soumet et la classe politique semble pour l’heure tétanisée.
Des mots prohibés doivent être effacés des moteurs de recherches internet, tels que « climat », « réchauffement », « discrimination », « racisme », « biodiversité ».
Interdit d’évoquer la Nature et les menaces pesant sur la santé humaine environnementale.
Rares seront les journalistes, les chercheurs et même les magistrats des USA disposés à sacrifier leur carrière en dénonçant la dérive autocratique du pouvoir réactionnaire instauré par l’oligarchie ploutocratique nullement « nationaliste » puisque son identité ignore les pays mais repose sur l’adoration de l’argent mal acquis par l’exploitation inique de la Nature et des hommes.
L’Europe et la France n’échappent pas à cette dérive.
Malheur aux agences et instituts qui oseraient rendre des rapports révélant les toxicités des pesticides agricoles et des molécules de la chimie industrielle.
Pour les ministres, l’affairisme d’abord !
C’est que la science contrarie trop souvent les intérêts des marchands de poisons et des syndicats agricoles, des promoteurs et rois du bitume.
Il faut faire taire la science pour que la vérité de l’oligarchie triomphe.
Il faut aussi soumettre tous les contre-pouvoirs.
L’état de droit doit être dénoncé aux peuples subjugués comme contrariant ses volontés d’ordre et de xénophobie, alors que les volontés des peuples sont superbement piétinées lorsqu’il s’agit d’imposer des régressions sociales (voir la querelle des retraites).
Les juges, pour les réactionnaires, sont là comme dans les dictatures de la Russie et de la Turquie pour incarcérer les opposants sous couvert de corruption ou de terrorisme.
Mais qu’ils ne se mêlent pas de découvrir et sanctionner les crapuleries ordinaires des maîtres du système ou d’annuler les autorisations des grands travaux de pur intérêts mafieux.
A l’issue de la seconde guerre mondiale et des horreurs du fascisme, les hommes avaient sanctuarisé des principes essentiels au respect de l’humain, à savoir :
- garantie des droits et de la liberté de pensée par des juridictions indépendantes du politique, presse plurielle et libre,
- émancipation des agences spécialisées pour assurer une recherche honnête dégagée des conflits d’intérêts et au seul service de la vérité et du bien public,
- instauration de juridictions supranationales vouées à la protection des droits fondamentaux.
Le néofascisme montant remet en cause ces principes fondant une société civilisée.
Les intérêts de l’oligarchie ne souffrent ni limitation ni contrôle, ni critique, ni réfutation.
Le président TRUMP se rêve en POUTINE ou en dirigeant chinois.
La démocratie, les normes, les contrôles, les pouvoirs indépendants nuisent aux bonnes affaires et, pour ces esprits dangereux, seul le culte de l’argent règne sur leur monde létal.
Ce qui advient aux USA risque fort de s’abattre sur l’Europe Occidentale et loin d’immuniser les citoyens contre le virus néofasciste, l’actuel pouvoir prépare son triomphe en cédant aux injonctions des lobbies.
L’idée d’une cellule « Demeter » de gendarmerie offerte à la FNSEA par la Macronie traduit cette dérive vers un monde Orwellien dans lequel l’écologisme, l’humanisme, les droits de l’homme, la solidarité, le respect des animaux deviendront des interdits.
Aux USA, saluons un homme politique presque seul à ce jour, dressé contre la loi de la caste des milliardaires.
Il parcourt le pays et tient de vigoureux meetings « de gauche » !
Mais Bernie SANDERS n’a plus rien à craindre pour sa carrière.
Il est hors de porter de big brother : il a 82 ans.
Alors, place aux vieux, dans une société où une jeunesse croupion aspire à « law and order ».
Soyons justes et, humour à part, disons que la jeunesse se réveillera et entrera demain en Résistance contre la dérive néofasciste.
Gérard CHAROLLOIS