De la retenue de Caussade, Lot et Garonne, aux méga-bassines de Vendée

La République Française célèbre volontiers les droits de l’homme, la liberté, l’égalité, la fraternité, la loi partout la même et pour tous.
De tels principes honorent une société mature, en marche vers le progrès des relations humaines et des institutions.
Mais ce but de civilisation n’est jamais atteint.
C’est un horizon vers lequel tend tout humain de progrès.
Ici et maintenant existent encore des zones de non-droit, des privilèges, des puissances féodales abrités par la pusillanimité d’autorités publiques plus soucieuses de prévenir un désordre que de sanctionner une injustice.
Nos services de police savent que dans certaines banlieues, territoires perdus de la république, les trafiquants de drogue et les islamo-fascistes font la loi en payant le prix de leurs emprises par leur ordre spécifique.
L’Etat n’a ni les moyens, ni la volonté politique de reconquérir ces enclaves.
Le phénomène offre l’occasion à certains courants politiques de stigmatiser l’impuissance des gouvernants.

Mais la tolérance, la dérogation, le passe-droit et la complaisance, mus par le même sentiment d’abandon, se manifestent également dans le rural profond au profit de milieux agrocynégétiques perçus par les politiciens et les pouvoirs publics en général comme dangereux à contrarier.
Les dérogations aux normes de protection de la nature, les violations réitérées des directives européennes relatives à la conservation des oiseaux, le refus de verbaliser les braconniers d’oiseaux d’eau et de migrateurs, les autorisations de tuer des espèces en voie de disparition, le maintien de modes de chasse d’une cruauté insoutenable comme le déterrage, tout ceci marque la démission des décideurs face aux chasseurs.
Mais la chasse n’est pas l’unique manifestation de l’impuissance publique face aux lobbies de la ruralité profonde.
Contemplez les difficultés qu’ont les gouvernants successifs à réduire les pesticides agricoles et à interdire les molécules les plus critiquées.
Que de palinodies devant les néonicotinoïdes et le glyphosate !
Tout se passe comme si le chasseur et « l’exploitant agricole » (je n’écris pas le paysan) étaient les seigneurs et maîtres de ce pays.
« L’agribasching » deviendrait presque un délit, une faute, une cause d’ostracisme.
Et lorsque pour satisfaire les exigences d’une poignée de braconniers ou d’exploitants agricoles la dérogation ne suffit pas, que le règlement ne peut pas couvrir la pratique, voici la tolérance et l’impunité de fait (exemple : tirs des oies en février).
Un litige édifiant opposa, en Lot et Garonne, des exploitants agricoles aux protecteurs locaux de la Nature.
Les premiers nommés voulaient creuser une retenue d’eau pour l’irrigation de cultures intensives et gourmandes en eau.
Les protecteurs voulaient protéger le site.
L’état refusa le projet à l’issue de péripéties juridictionnelles dont j’ignore les rebondissements.
Quoi qu’il en soit, la retenue de Caussade fut réalisée par les agriculteurs en violation de l’état de droit.
Qu’en résulta-t-il ?
Rien, le fait prime sur le droit.
En Vendée, des exploitants agricoles souhaitent, pour irriguer les maïs, créer des méga-bassines, avec bâches plastiques, pour arroser leurs champs l’été venu.
Les protecteurs de la Nature locaux s’opposent à cet artificialisation du milieu, à cette course au productivisme, à cette poursuite de cultures exigeantes en eau et en phytosanitaires biocides divers.
Les méga-bassines sont autorisées par les pouvoirs publics qui ne font pas disparaître la retenue de Caussade.
La presse nous apprend que ces jours-ci, en Vendée, des opposants aux méga-bassines ont détérioré celles-ci par lacérations des bâches plastiques.
Que penser de cette situation ?
Dans un état de droit, le citoyen ne devrait jamais recourir à des actes illégaux pour défendre les valeurs auxquelles il adhère.
Non pas que la loi soit toujours bonne et juste, mais parce qu’elle est la loi et qu’elle doit être reconnue par tous sous peine de sombrer dans une société de violence et d’arbitraire.
Quand une loi est inadaptée, nocive, désuète, on se bat pour la changer.
Toutefois, pour que ce principe fondamental s’impose, il doit d’abord être respecté par un état impartial, exempt de soumission à de quelconques féodalités.
La loi est la même pour tous ou elle cesse d’être la loi.
Un étudiant, un ouvrier, un élu, un fonctionnaire ou un agriculteur doit être traité de la même façon par les pouvoirs publics.
Sommes-nous parvenus à cet état de droit impartial ?
Amis lecteurs, à vous de répondre.

Gérard CHAROLLOIS

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