La régulation de la faune : une imposture des chasseurs
Un article du 19 février de La Voix du Nord (1), dont CVN a rendu compte (2), annonçait « une vaste traque au renard » dans le département du Nord, à l'appel de l'Association des Piégeurs Agréés du Nord et des Gardes Assermentés, et avec le soutien de la Fédération des Chasseurs du Nord.
L'article révélait l'objectif de cette traque avec une belle candeur : « Son objectif : lutter contre l'augmentation du prédateur qui s'attaque au gibier du chasseur ».
On pourrait presque en rire.
Mais profitons-en pour nous poser la question des effets de ces interventions. Les chasseurs, pour les renards comme pour les autres espèces sauvages, prétendent "réguler" les populations.
Manque de chance pour eux, les scientifiques ont montré qu'il s'agissait d'une imposture.
L'impact de la chasse sur les populations de renards a en effet été particulièrement étudiée en Grande-Bretagne.
En 2001, des chercheurs de l'Université de Bristol ont notamment saisi une opportunité pour mesurer l'impact de l'arrêt de la chasse sur les populations de renards. Une épidémie de fièvre aphteuse, maladie virale très contagieuse qui affecte le bétail, a conduit les pouvoirs publics britanniques a prendre des mesures exceptionnelles d'interdiction de la chasse, de février 2001 à février 2002, pour éviter la propagation mécanique du virus par les chasseurs, leurs véhicules et leurs chiens. Ainsi, un protocole de décompte des déjections de renards a permis de comparer la densité des populations avant et après la période d'interdiction de la chasse. Et il a été ainsi démontré que, contrairement aux proclamations du lobby cynégétique, l'arrêt de la chasse n'avait pas été suivie d'une augmentation des populations de renards (3).
Les exaltés de la chasse auraient sans doute aimé pouvoir rétorquer qu'on devait cette étude à des scientifiques vendus aux défenseurs des animaux. Malencontreusement pour eux, ces résultats ont fait l'objet d'une communication dans Nature, la revue scientifique générale la plus citée au monde (4).
Ces résultats allaient contribuer à préparer le fameux Hunting Act 2004, entré en vigueur depuis février 2005, qui interdit en Grande-Bretagne la chasse au renard avec des chiens.
Ces auteurs, avec Piran White de l'Université de York, ont publié en 2006 sous l'égide de l'IFAW (International Fund for Animal Welfare) une très intéressante synthèse de l'écologie des renards et des interactions hommes-renards, avec une abondante bibliographie (5). On peut consulter notamment (en anglais) les deux chapitres suivants :
- p 8 : L'interdiction de la chasse va-t-elle avoir un effet sur le nombre de renards ?
Les scientifiques expliquent pourquoi la réponse est négative.
- p 9 : Qu'est ce qui limite le nombre de renards en Grande-Bretagne ?
A l'échelon national, la principale cause de mortalité des renards, même si ce n'est pas très glorieux, est représentée par les collisions routières. La quantité de nourriture disponible a un impact local, mais n'a pas d'impact démontré sur le nombre total de renards. Une grande cause de mortalité locale est représentée par les épidémies de gale sarcoptique, une parasitose. L'élimination (culling) des renards par la chasse ou autres méthodes n'a quant à elle aussi qu'un impact local, et surtout n'aboutit qu'à une compensation par l'immigration de populations voisines au printemps qui suit.
Au total, les renards sont organisés en groupe territoriaux, et ce sont les facteurs sociaux qui constituent les facteurs essentiels de régulation de la population à l'échelon national.
Encore deux autres études britanniques ont été publiées cette année 2006 :
L'une a montré que l'élimination de renards par l'organisation de tirs dans le cadre de battues avec des chiens, dans les forêts du Pays de Galles avant la mise en oeuvre du Hunting Act 2004, n'avait pas d'impact sur les populations de renards estimées par le décompte des déjections avant et après (6).
L'autre a utilisé, dans le cadre d'une simulation informatique, un modèle visant à rendre compte de la complexité des facteurs, pour étudier l'effet de diverses méthodes de régulation : chasse avec chiens, chasse au fusil d'hiver, déterrage au printemps, et contrôle de la fécondité. La conclusion est qu'aucune de ces méthodes n'est effective en pratique dès lors qu'on ne peut pas contrôler l'immigration compensatrice (7).
Ces données sur le renard ne sont qu'une illustration des multiples contradictions entre les déclarations des chasseurs et les données scientifiques.
En France, les hommes politiques font souvent le choix d'écouter les chasseurs. Dommage pour la nature, dommage pour les animaux.
Jean-Paul RICHIER
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Références :
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(1) Vermeulen A- Face à la prolifération des renards, une vaste traque est organisée ce week-end. La Voix du Nord, édition Hazebrouck, 19/02/2010. ( http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Hazebrouck/actualite/Secteur_Hazebrouck/2010/02/19/article_face-a-la-proliferation-des-renards-une.shtml )
(2) Quand le renard s'attaque au gibier du chasseur ! Convention Vie et Nature pour une écologie radicale. 20/02/2010. ( http://www.ecologie-radicale.org/actu/new_news.cgi?id_news=1382 )
(3) Webbon CC, Baker PJ, Harris S (2002) - Hunting ban had no effect on fox numbers. The Mammal Society Research report No. 3.( http://www.mammal.org.uk/images/forms/researchreports/report3.pdf )
(4) Baker PJ, Harris S and Webbon CC (2002) Effect of British hunting ban on fox numbers. Nature 419, 34.( http://www.nature.com/nature/journal/v419/n6902/full/419034a.html )
(5) Baker PJ, Harris S and White P (2006) After the hunt: The future for foxes in Britain. Report for the International Fund for Animal Welfare: London. ( http://www.thefoxwebsite.org/After-the-Hunt.pdf )
(6) Baker, P.J. & Harris, S. (2006) Does culling reduce fox (Vulpes vulpes) density in commercial forests in Wales? European Journal of Wildlife Research 52, 99-108. ( http://www.springerlink.com/content/y2780778k054411x/ )
(7) Rushton, S.P., Shirley, D.F., Macdonald, D.W. & Reynolds, J.C. (2006) Effects of culling fox populations at the landscape scale: a spatially explicit population modeling approach. Journal of Wildlife Management 70, 1102-1110. ( http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=18115221 )
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